Genfluencer 젠플루언서 est présenté dans le cadre du focus Corée de Canneseries 2026. Il s’agit d’une courte série de suspense psychologique, dont la particularité est de mêler IA et fiction.
Ce projet audacieux montre une vitrine innovante du cinéma coréen sur la scène internationale.
Principaux titres
La particularité technique
Le studio MooAm, fondé et dirigé par Harry Hyun, produit ce projet audiovisuel hybride. On a là une expérience pionnière dans le contenu généré par IA: La série Genfluencer intègre une partie jusque là inédite de contenu généré par intelligence artificielle (personnages, effets visuels, musique…).
L’histoire
Genfluencer suit le parcours de Lee Jin, une protagoniste qui rêvait de devenir une idole K-pop mais qui, défigurée après un accident, se connecte au système « Genfluencer » — une technologie d’IA générative — provoquant ainsi la renaissance de l’idole K-pop « Gina ».
Les thèmes
Le récit explore les thèmes de la beauté, du rejet, de la perte de contrôle face à l’IA, et les questions d’identité et de réalité.
Le casting principal
Bae Yoon-kyung (connue pour Heart Signal) tient le double rôle de Lee Jin et de Gina, deux personnages aux antipodes, avec une transformation visuelle saisissante à la clé.
Moon Ji-in interprète Ji-yeon, la personne la plus proche de Lee Jin. Son personnage est déterminant pour maintenir l’équilibre émotionnel du récit.




Rencontre et interview à Cannes
Avant un passage sur la scène du théâtre Jean Mineur pour la diffusion de Genfluencer, la réalisatrice Harry Hyun et les actrices Bae Yoon-kyung et Moon Ji-in nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions, et on les en remercie!
Nuits coréennes : Harry Hyun, vous dirigez MooAm, vous écrivez, vous réalisez. Pouvez-vous vous présenter, vous et votre entreprise, au public français ?
Harry Hyun : Je m’appelle Hyun Harry, je suis réalisatrice et je dirige ma propre société de production cinématographique, MooAm.
L’ œuvre que je vous présente aujourd’hui, comme vous le savez, est une œuvre expérimentale. Elle utilise un peu l’IA et explore le concept d’un affrontement entre le monde réel et le monde de l’IA. Je suis donc vraiment heureuse d’être venue la présenter. Et j’ai hâte de la découvrir lors de la projection d’aujourd’hui ! (Genfluencer est présenté l’après-midi même en première mondiale au public cannois ndlr)



Nuits coréennes : Parlez-nous du scénario. Genfluencer explore la frontière entre humain et intelligence artificielle. Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire maintenant ?
Harry Hyun : De nos jours, nous vivons une époque de bouleversements sans précédent. L’IA remplace des humains, mais en assiste d’autres. À la frontière de tout cela, portée par la curiosité de savoir si l’IA ne pourrait pas envahir l’humanité, cette œuvre a pris naissance. En fin de compte, comme vous le verrez en regardant le film, mon thème principal est que l’IA ne peut pas triompher de l’être humain.


Nuits coréennes : Bae Yoon-kyung, vous jouez deux personnages aux antipodes dans le même film – une femme blessée et une idole sublimée par l’IA – comment avez-vous construit cette frontière entre elles, et comment avez-vous fait pour vous couper en deux ?
Bae Yoon-kyung : La distinction visuelle entre les deux personnages était pour moi fondamentale. J’y ai donc fait très attention. Pour incarner Lee Jin, une équipe de maquillage spécial intervenait avant chaque journée de tournage – deux à trois heures à chaque fois – pour reconstituer ses blessures. Et pour bien séparer les deux personnages, Gina et Lee Jin, nous avons travaillé en profondeur sur la coiffure, les costumes, la posture, la gestuelle, l’attitude.
Jusqu’à la voix. La tonalité vocale et ce genre de détails ont aussi beaucoup été réfléchis. Même si Gina est une IA, on a beaucoup travaillé sur le ton qui se situe à la frontière entre l’IA et l’humain. Oui, je pense qu’on a vraiment soigné les détails dans tous les aspects.



Nuits coréennes : Moon Jiin, au début de Genfluencer, votre personnage de Ji-yeon est la personne la plus proche de Lee Jin et celle qui maintient son équilibre émotionnel. Comment joue-t-on le rôle de l’ancre dans un scénario qui, par ailleurs, est en train de perdre pied dans le virtuel ?
Moon Jiin : L’actrice Bae Yoon-kyung est une cadette avec qui je suis vraiment très proche. Donc dans la vie quotidienne comme sur le plateau, on est vraiment une relation étroite. Et honnêtement il n’y avait pas vraiment de gêne entre nous. C’est quelqu’un vers qui mon cœur va naturellement, on s’encourage et on se soutient mutuellement. Je crois que cela m’a permis de m’immerger bien plus profondément dans le jeu.
Quant au personnage lui-même – elle a grandi sans père ni mère, confiée à sa grand-mère – en lisant le scénario, j’ai senti le poids de toutes ses blessures accumulées, la solitude de cette enfance sans repères solides. J’ai réalisé que tout cela avait été pris en compte avec beaucoup de soin et d’attention. C’est pourquoi tout s’est déroulé de manière bien plus fluide.



Nuits coréennes : Harry Hyun, parlez-nous de la réalisation. Quels ont été les principaux défis techniques liés à l’intégration de l’IA dans la production ?
Harry Hyun : En fait, dans les séquences mettant en scène l’IA, le jeu d’acteur ne peut pas être contrôlé. Sur un tournage traditionnel, le dialogue avec les acteurs est constant : on échange, on ajuste, on construit ensemble. Mais avec l’IA, ce rapport disparaît. On ne dirige pas, on sélectionne. Il n’y a plus cette impression de respiration commune, de souffle partagé avec un vrai acteur.
Je n’avais pas cette sensation et c’est là un défi que devront résoudre les films intégrant l’IA à l’avenir.
Nuits coréennes : Bae Yoon-kyung, peut-être plus qu’ailleurs, en Corée la société idéalise la beauté et la valorise. Être beau, prendre soin de son corps, c’est aussi respecter les autres. Et justement, tout au début, quand l’héroïne entre dans un l’hôpital pour aller voir sa grand-mère, le regard que portent les autres sur elle n’est pas de la pitié, mais plutôt du mépris. Comment expliquez-vous cela ?




Bae Yoon-kyung : Ah, c’est vrai ! Ce qui m’a frappée dans ce rôle, c’est que les regards que je recevais n’étaient pas de la pitié ou de la compassion, mais plutôt ce qu’on ressent très communément dans la vie quotidienne en Corée – ces regards de mépris ou d’envie que les gens portent sur quelqu’un qui est différent d’eux, que ce soit à cause d’une cicatrice visible ou simplement parce qu’on juge quelqu’un beau ou laid.
Je pense que tout le monde ressent cela constamment. Donc en jouant le rôle de Lee Jin, j’avais aussi la sensation que les gens chuchotaient dans mon dos, me jugeaient, non pas avec de la pitié, mais vraiment en me pointant du doigt. Ça m’a profondément atteinte pendant le tournage. Et cela m’a aussi amenée à me demander si moi-même, inconsciemment, je ne portais pas quelque part en moi cette même mentalité, tant le culte de l’apparence est ancré dans la société coréenne
À la fin du film, Lee Jin choisit de vivre en tant qu’elle-même. Il y a cette scène où elle chante joyeusement dans un parc avec son visage tel qu’il est. Il est certes difficile de changer les mentalités d’un coup, mais j’espère que le message – que chacun apprenne à aimer ce qu’il est vraiment, au-delà de l’apparence – sera profondément transmis au public.


Nuits coréennes : Harry Hyun, à propos de la réception de votre travail par vos pairs. On sait que ce qui est nouveau dérange. Rencontrez des oppositions ou des résistances dans l’industrie face à ce type de production hybride ?
Harry Hyun : L’IA dans la production, c’est avant tout une période de transition, une période de transition totale en ce moment. Peut-on qualifier ces créations IA de parfaites ? Certainement pas. C’est un outil que l’on explore encore de façon expérimentale. C’est pourquoi j’avais moi-même de nombreuses interrogations dès la genèse de ce projet. Mais l’intention de mon film est claire : ce n’est pas tant une œuvre faite par l’IA qu’une œuvre sur l’IA – et qui affirme, en définitive, le message que l’être humain l’emporte en fin de compte. J’espère donc que le public, en regardant le film, ressentira bien ce que j’avais l’intention d’exprimer.
L’IA a encore beaucoup de défis à relever. Comme vous l’avez mentionné, il existe des courants un peu anti-IA. C’est pourquoi, lorsqu’on utilise l’IA, les producteurs doivent toujours réfléchir sérieusement à la question de savoir si on ne viole pas les droits de quelqu’un en créant cela, avant de recourir à ces outils de production.
Sur le net
BAE Yoon-kyoung









Moon Jiin






